Les troubles du langage et de la communication, côté psychanalytique

Laurent Danonpar Laurent Danon-Boileau

 » Quand un enfant ne parvient
pas à parler et à communiquer simplement, les raisons en sont souvent diverses et complexes.
Il y a, bien entendu, des axes
qui permettent de comprendre
les grandes orientations du trouble
et ses manifestations les plus courantes.

Mais rien ne dispense d’une attention exigeante à ce qui fait la singularité des difficultés d’un enfant. C’est par l’observation minutieuse, en situation naturelle et non dans
une procédure de test ou d’examen, que l’on parvient (parfois) à saisir l’enchevêtrement des causes cognitives, affectives et psychiques qui troublent l’entrée d’un enfant
dans la communication et le langage, et qui l’enferment dans le silence. »

L’opposition entre neuropsychologie et psychanalyse

 » Depuis plus de cinquante ans, les troubles de la communication et du langage
chez l’enfant sont l’enjeu de débats passionnés.
On voit s’opposer ceux qui pensent que les difficultés sont l’effet d’un désordre
des fonctions neurologiques supérieures et ceux qui, au contraire, considèrent
le langage et surtout la communication comme des processus engageant
la personne dans son ensemble et dans sa relation à autrui.
Autrement dit, les partisans d’une perspective cognitive ou neurocognitive
s’opposent à ceux qui souhaitent privilégier la référence à la vie psychique
et l’éclairage proposé par la psychologie et la psychanalyse.
Ces oppositions se marquent à différents égards.

D’abord dans la manière de mesurer le trouble lui-même.
Les tenants de l’instrument penchent pour une prise en compte de la qualité
et de la quantité de productions recueillies à l’aide de tests scientifiquement
étalonnés dans lesquels il est demandé à l’enfant de répondre à des questions.
Les tenants du processus cherchent avant tout à apprécier la qualité de la parole spontanée au plus près de la situation naturelle, afin d’évaluer le statut qui est le sien
dans la vie psychique et sociale de l’enfant, aussi troublée qu’elle puisse être.
Mais, surtout, les divergences entre ces deux conceptions se manifestent
dans le choix des options

retenues pour le traitement. Les tenants du cognitivisme penchent en faveur
d’une attitude strictement rééducative. Les partisans d’une prise en charge inspirée
par la psychanalyse, s’ils restent convaincus qu’une rééducation instrumentale
est nécessaire, ont pour objectif d’offrir à l’enfant un cadre qui permette
l’investissement du langage et de la communication tout en prenant en compte
sa personne dans sa globalité. Bien entendu, plus on s’éloigne du registre
des troubles du langage dits « purs » (et de l’horizon de la dysphasie),
plus on entre dans le domaine des troubles de la communication
(ou de la personnalité) et plus les oppositions se font vives.
Les débats passionnés concernant l’autisme sont là pour le rappeler.
Cependant, les partisans d’une mise en résonance des différentes perspectives
sont de plus en plus nombreux, et, si le débat est loin d’être serein, il est
du moins devenu possible, en particulier lorsque la discussion s’établit entre
praticiens. En effet, l’expérience du terrain permet souvent à ceux qui se trouvent confrontés aux réalités de la clinique quotidienne de trouver un langage commun.

À l’heure actuelle, un vent de technicité souffle sur l’analyse des troubles
de la communication et du langage. Cette technicité contraint à une précision
plus grande dans le repérage des données symptomatiques, et c’est tant mieux.
Mais son inconvénient majeur est de donner à voir l’enfant qui va mal comme
un agrégat de troubles dissociés.
Préciser les notions que l’on met en jeu permet parfois de repérer plus clairement
un trouble instrumental circonscrit. À l’évidence, le geste technique s’en ressent.
Mais, pour être efficace, il reste que ce geste doit trouver sa place dans une stratégie d’ensemble qui mobilise l’intérêt de l’enfant pour l’échange et le partage
– le partage du sens, bien sûr, mais aussi le partage d’affect. »

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