Sciences cognitives et apprentissage, E.Pasquinelli

Chargée de mission à La main à la pâte
et membre associée à l’Institut Nicod,
Elena Pasquinelli
vient de publier :

Du labo à l’école : Sciences cognitives et apprentissage

 

 

 » Votre ouvrage porte sur l’éducation aux sciences.
Pourquoi est-elle si importante ?

 Il y a deux raisons. Elle est intéressante car on peut la faire.
Les enfants ont un matériel naturel
et des capacités précises pour faire
une sorte de science.
Ça fait partie de leur bagage.
L’autre réponse c’est que, bien que
la science soit naturellement inscrite,
elle est loin de notre façon naturelle de penser. Pour acquérir la façon de
penser des scientifiques, il nous faut faire un effort important et être guidé.
Il faut améliorer les capacités que l’on a déjà. C’est ce que notre espèce fait
depuis longtemps. C’est le rôle de l’éducation.

Dans votre livre vous dites que pour enseigner les sciences, leur connaissance n’est pas suffisante. Que voulez-vous dire ?

C’est une remarque qui est vraie pour l’enseignement en général.
On enseigne à des êtres humains dont le cerveau n’est pas une tabula rasa.
Les enfants ont des capacités de raisonnement. Si on ne connait pas les
mécanismes du cerveau qui permettent d’apprendre on peut connaitre
les sciences mais ce sera difficile d’enseigner.

Comment les enfants construisent-ils un raisonnement scientifique ? A partir de quel âge en sont-ils capables ?

Les capacités scientifiques sont anciennes dans notre espèce.
Par exemple la capacité à émettre des hypothèses, ou notre tendance à
expliquer le monde. On la trouve déjà chez le bébé. Il fait des hypothèses
et est surpris quand ses attentes sont frustrées par ce qu’il observe.
Il a des capacités d’observation et d’explication. Il cherche des causes.
Toutes ces capacités ont été mises en évidence par la science récemment.
Nos ancêtres chasseurs cueilleurs les avaient déjà. On a l’impression que
l’âge à partir duquel elles apparaissent ne dépend que de l’avancée des
travaux, qui remontent toujours plus jeunes. A 6 mois un bébé peut avoir
des attentes frustrées par un événement. Par exemple il peut émettre des
hypothèses sur la gravité. Dès la naissance un bébé  identifie un visage
d’un objet. On développe de nouveaux outils pour étudier les capacités
des bébés pré verbaux.

Vous parlez de la « malédiction de la connaissance » dans votre livre
et de l’importance de la métacognition .
Vous pouvez nous expliquer ?

La malédiction est à deux niveaux chez l’élève qui peut avoir des
méconceptions. Les élèves peuvent avoir des conceptions erronées
qui à leurs yeux tiennent la route. Ça crée des résistances que l’enseignant
doit dépasser.
On a plus de mal à changer d’idée qu’à en adopter une.
Si l’on regarde du côté de l’enseignant : il a des connaissances mais il est
incapable de se projeter dans la tête de l’élève. Et il ne comprend pas
pourquoi l’élève ne comprend pas un phénomène si évident !
On perd la capacité à comprendre le manque de compréhension.
C’est pour pouvoir se mettre dans la tête de l’élève que l’évaluation est utile.
Pour avoir une image de ce qui se passe dans la tête de l’élève.

Alors comment mieux enseigner les sciences ?

Je fais partie de La Main à la pâte qui préconise l’enseignement des sciences
par l’investigation.
Mais souvent on en tire la conclusion qu’il faut laisser les enfants
expérimenter seuls. Or ça n’a rien à voir avec l’idée d’enseignement par
investigation. Il faut laisser l’enfant faire ses expériences d’un phénomène,
exploiter ses capacités de raisonnement.
Mais tout seul il ne va pas loin.
L’enseignement par investigation c’est laisser faire ses expériences par
l’enfant mais en l’accompagnant par celui qui a un plan pédagogique et
qui connait l’objectif. En fait il faut des méthodes différentes pour aller
à la rencontre d’enfants différents et exploiter toutes les capacités des
enfants.
L’enfant a aussi des capacités très raffinées pour apprendre par les autres.
Il sait juger à qui faire confiance. Il est très attentif aux autres.
Il imite de façon intelligente très tôt, dès 2 ans. Toutes ces capacités
naturelles peuvent aussi être exploitées avec les élèves. »

Extrait d’une interview
Propos recueillis par F.Jarraud, à lire sur le site du café pédagogique

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