La pédagogie du langage, P. Boisseau

L’intéraction aide l’enfant à construire son langage.

 

La pédagogie du langage, P. Boisseau

« Les interactions ne doivent pas se confondre avec les tactiques
d’animation développées, par exemple, en grand groupe, avec
beaucoup d’élèves.  Celles-ci visent surtout la quantité des émissions
plutôt que la qualité des productions.
En effet, il s’agit de faire parler le plus grand nombre d’élèves,
d’obtenir la prise de parole de chacun.

L’examen de multiples enregistrements de situations de classe prouve
que ce sont les tactiques de relances les plus légères, comme
« Ah ! », « Ah bon ? », « Oui… », « Tu es sûr ? »…
ou la reprise des derniers mots de l’enfant qui vient de parler,
qui fonctionnent le mieux.
Ces deux pratiques augmentent le nombre d’orateurs, la quantité
et la longueur des prises de parole, ainsi que leur autonomie.

Les appels à l’explicitation ou à la dénégation, quand l’enseignant
fait semblant de ne pas comprendre, déclenchent souvent
des flots de parole.

Il est préférable de privilégier des questions courtes et ouvertes
pour inciter à continuer à raconter, expliquer, argumenter.
Pour les élèves les plus timides, les moins armés du groupe,
les types d’interactions les plus favorables sont la reprise ou
la reformulation de ce qu’a dit l’élève par l’enseignant dans
la langue orale adulte, suivi d’une relance de type « Et pourquoi ? »
ou « C’est intéressant, et après ? », pour entretenir le moteur
de la quantité.

Cette reprise ou feedback en assistance ou écho de sa production
permet d’accompagner l’élève dans sa construction langagière.
Il faut veiller toutefois à ne pas trop académiser la phrase écho,
sinon les enfants de quatre, cinq ans sont perdus et cela ne leur
apporte rien. Il faut se rappeler que la construction du langage
pour ces enfants-là se fait sur les formes à pronom « pour qu’il… ».
Il s’agit, bien entendu, de ne pas bêtifier en restant au niveau déjà atteint
par les enfants. Il convient donc de rechercher l’écho dans la zone
proximale de développement de l’élève, la zone d’acquisition possible
par l’enfant de l’âge considéré.

Il ne faut pas chercher à tout prix à atteindre la forme aboutie, la plus
correcte possible, car elle peut être incompréhensible aux enfants,
trop éloignée de leur niveau de perception, de compréhension et
encore plus de production.
Il faut donc ajuster le niveau de langue utilisé aux capacités de chacun.

Une ou deux fois par semaine, un travail en petit groupe de langage
peut être organisé avec un adulte complètement disponible pour
apporter une aide spécifique à l’apprentissage des pronoms, des temps,
des complexités telles que « pour que, où, lorsque, parce que… »
ou encore améliorer l’articulation de toutes les formes syntaxiques.

Voici un exemple de contraste maximal noté chez deux enfants
de cinq ans, d’une même classe de grande section, après avoir écouté
la cassette reçue dans le cadre d’une correspondance scolaire :
– « Moi j’veux dire que quand on va aller chez les correspondants j’vais
pouvoir faire du vélo parce qu’è m’dit sur la bande qu’è va m’prêter
le sien, ma correspondante. »
– « Moi i faire vu vélo. I dire ça. »

En observant cet exemple, on note que :
– le premier écart porte sur l’emploi des pronoms, le deuxième élève
ne dispose que d’un pronom sujet unique « i » ;
– le second écart concerne l’emploi des verbes, le deuxième élève
n’emploie que des verbes à l’infinitif ;
– le troisième écart est relatif aux complexités qui enchâssent
les phrases simples les unes dans les autres chez le premier élève
qui utilise « que, parce que, quand », contrairement au second.
Il est à signaler que le second élève a pu considérablement réduire
l’écart en fin d’année grâce à un travail spécifique en petit groupe.

« Le langage est à la base des mécanismes qui engendrent
réussite
ou échec scolaire »

Vous trouverez cet ouvrage chez : ebla-editions.fr

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Quatre objectifs prioritaires
sont à poursuivre :

Aider l’élève à différencier les pronoms (…)
Aider l’élève à se construire et à maîtriser le système des temps des verbes (…)
Aider l’élève à construire et à maîtriser des phrases syntaxiquement complexes (…)
Aider l’enfant à concentrer sa syntaxe (…) »

 

 

Suite de l’article paru à lire dans le numéro de Blé 91
(Bulletin de liaison des enseignants de l’Essonne)
intitulé « La maternelle : une école ! » n° 38

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